Cet animal domestique est arrivé à Madagascar au cours du premier millénaire en provenance d’Inde via l’Afrique. Son aspect est caractérisé par ses imposantes cornes implantées sur son os frontal. L’ensemble se nomme bucrane. Sa bosse dorsale est tout aussi remarquable. C’est une réserve de graisse qui se constitue quand la nourriture est abondante. A la saison sèche, elle se réduit quand l’herbe se fait rare. Cette bosse perd alors de son volume et de sa superbe et elle s’incline sur le côté.

À Madagascar, le zébu est partout !

Le zébu (ou omby), comme le lémurien, est l’emblème de Madagascar. On le retrouve reproduit aussi bien sur les timbres poste, les billets de banque, les tampons en en-tête de documents officiels que sur les logos d’entreprises. Le zébu est à considérer aussi bien du point de vue économique que sociétal et religieux. Pendant des siècles, il a été l’un des piliers de l’économie malgache et le garant de l’ordre social et des us et coutumes spirituels.

Lors des cérémonies

Lors de cérémonie traditionnelles et coutumières comme le retournement des morts, le mariage ou la circoncision, les zébus sont immolés afin de servir de truchement entre les vivants et le monde des morts. Le nombre de zébus sacrifiés et partagés entre les convives montre la notoriété de la famille et son rang social. Ces sacrifices obéissent à un rituel précis. Encore vivant et placé face au nord, le zébu est aspergé d’eau lustrale. Prières et invocations sont adressées à Zanahary, le dieu créateur. La croupe du zébu est frappée du plat du couteau de sacrifice. A proximité, sont disposées des braises sur lesquelles se consument des poils de la queue, de la bosse et museau. La fumée acre qui se dégage de ce feu est destinée à attirer l’attention des ancêtres.

Une fois l’animal égorgé, intervient le partage de la viande selon des règles strictes. Après cuisson, six morceaux qui proviennent de la tête, de la bosse, de la croupe ainsi que le foie sont destinés à Zanahary, aux ancêtres et aux ainés du lignage. Certains abats et autres parties basses sont distribués aux cadets, aux femmes et aux étrangers. Ce rituel du sacrifice exalte la vie. Il permet de communier avec les ancêtres et il souligne la pérennité de la parentèle.

Charrette à zébus

Le savika

 Le savika (ou tolon’omby) vient des verbes «attraper» et «maîtriser». Outre cet aspect rituel, dans la société malgache, le zébu tient une place si prépondérante que son nom a été donné à l’équipe nationale de football. Il participe également à un sport dangereux dénommé savika. Cette sorte de tauromachie sans mise à mort de l’animal est le plus impressionnant des jeux traditionnels malgaches. Il consiste à s’agripper le plus longtemps possible à la bosse d’un zébu préalablement excité et à utiliser ses jambes comme ressort afin d’éviter de se faire piétiner par la bête.

Où trouve-t-on les zébus ?

On estime qu’il y a autant de zébus que de malgaches. L’élevage de ces bovidés est concentré dans les parties sud de l’île. En 1769, lors de la tentative de colonisation française de fort Dauphin était introduite la culture du figuier de barbarie qui est originaire du Mexique. Une fois que les épines de ces fruits sont ôtées, il permet de nourrir et d’hydrater les zébus. C’est ce qui a entrainé la sédentarisation des pasteurs dans cette région. L’élevage du zébu se retrouvé également dans l’ouest, dans les régions de Bongolava et du Ménabe  ainsi que dans le sud-ouest, dans la région Sofia. Outre pour la viande, les zébus sont également utilisés pour la traction animale, le piétinement des rizières afin de casser les mottes.

Chaque lignage d’éleveurs possède son troupeau qui est placé sous l’autorité de l’ancien de la branche ainée. Les plus jeunes acceptent de moins en moins bien l’autorité d’un ainé sur leurs biens. Ils veulent pouvoir gérer leurs bêtes à l’intérieur du troupeau commun. L’ensemble économique que représente le lignage s’en trouve d’autant diminué car il s’émiette en entités pratiquement autonomes.

zebu

A quoi sert le zébu ?

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Ravitoto

Dans le zébu, pratiquement tout se mange. Sa viande est goutue et peu grasse, à l’exception de la bosse. Elle entre dans la composition de nombreux plats traditionnels. Citons le ravitoto qui est un plat de fête à base de feuilles de manioc pliées et le romazava, sorte de pot au feu aux brèdes. Comme Madagascar produit du foie gras, citons le tournedos de zébu Rossini. Les Malagasy aiment aussi manger des petites brochettes de zébu, les “masikita”. Les cornes sont à la base d’un artisanat ancestral de grande qualité, manches de couteaux, couverts, peignes et autres bijoux fantaisie.

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Les daholos

Jadis, en pays Bara, afin de déclarer sa flamme et de prouver son courage, le prétendant devait offrir un zébu qu’il avait volé. Ce vol traditionnel a pris une immense ampleur à laquelle se livrent des voleurs, les dahalos. Ce sont de véritables bandes armées qui se livrent à ces méfaits et qui n’hésitent pas à affronter les forces de l’ordre. Sachant que le cout moyen d’un zébu représente un an de revenu d’un paysan, on imagine les conséquences économiques qu’entrainent ces vols ainsi que leur cortège de violences.

Gérard Naal

Proche de l’association depuis ses débuts, Gérard écrit pour le blog depuis sa mise en ligne. Il y a quelques années, Gérard Naal a réalisé combien l’histoire de Madagascar était méconnue tant des Français que des Malgaches, il a donc regroupé notes et comptes-rendus de nombreuses publications universitaires pour rédiger un livre disponible ici.

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