Madagascar et la première guerre mondiale

Madagascar et la première guerre mondiale

En ce centenaire de la fin de la première guerre mondiale, il convient de ne pas oublier les sacrifices que les troupes coloniales ont consentis pour la victoire finale.

Dans les années qui précédent le début des hostilités, l’inquiétude règne dans les cercles militaires. Le déséquilibre démographique entre la France et l’Allemagne n’est pas éloigné du simple au double en faveur de cette dernière. C’est un officier colonial, le futur général Charles Mangin qui pense trouver la solution en faisant appel aux ressources humaines des colonies. Cette proposition trouve un écho favorable dans l’opinion publique. Un journaliste du quotidien « Le Matin », Charles Messimy va jusqu’à écrire : « l’Afrique nous a coûté des monceaux d’or, des milliers de soldats et des flots de sang ; l’or nous ne songeons pas à le réclamer. Mais les hommes et le sang, elle doit nous les rendre avec usure. . . ». Le 7 Février 1912, est instauré un service militaire de quatre ans dans les colonies. Il permet aux indigènes de souscrire des engagements qui se veulent volontaires.

Tout au long de la première guerre mondiale, ce sont 607 000 combattants originaires d’outre mer qui sont engagés sur le front. 41 355 Malgaches sont appelés sous les drapeaux et 34 386 sont envoyés en métropole. A ces soldats s’ajoutent 5 535 travailleurs dont la majorité se retrouve dans les usines d’armement. Pour les allemands, ces soldats sont considérés comme des barbares, die schwarze, la force infâme. C’est ce qui explique la différence de traitement dont les prisonniers de cette Force Noire font l’objet. Les allemands oublient la manière la plus inhumaine avec laquelle ils se sont comportés dans leurs colonies d’Afrique.

Ces soldats d’outre mer participent avec honneur aux combats les plus durs, de la Marne à Dixmude, à Ypres, aux Dardanelles, Verdun et autres. A la fin des hostilités, ce sont 2 368 Malgaches qui sont déclarés morts pour la France. Parmi bien d’autres, citons un fait d’arme qui voit s’illustrer le 52ème Bataillon de Chasseurs malgaches lors de la seconde bataille de la Marne. Le 31 Mai 1918, au coude à coude avec les fantassins du 59ème Bataillon de  Chasseurs à Pieds, à quelques kilomètres de Château Thierry, ces deux unités se retrouvent encerclées par une force considérable. Bien qu’en infériorité numérique et cloué au sol par le feu ennemi, Malgaches et Français, malgré de lourdes pertes réussissent à rompre l’encerclement non sans avoir ralenti l’avancée allemande.

Que l’on pardonne à l’auteur de ces lignes d’avoir choisi cet exemple, mais son grand père a participé à ce combat. Il a fait partie des rescapés du 59ème Bataillon de chasseurs à Pieds.

Tout au long de ce conflit, la métropole impose à Madagascar de participer à l’effort de guerre. En 1913, les exportations en direction de la France s’élevaient 56 millions de Francs or. Elles atteindront 86 millions à la fin de 1917. L’administration coloniale encourage les cultures d’exportation. Aux produits de cueillette, caoutchouc, raphia, s’ajoutent les productions traditionnelles tels le riz et le manioc. L’élevage des bovins se développe, ce qui permet de ravitailler la France en viande frigorifique ou de conserve.

Après l’armistice, les combattants malgaches se retrouvent parqués dans des camps de transit avant d’être rapatriés dans la Grande Ile. Certains d’entre eux sont porteurs du virus de la grippe espagnole. Cette épidémie qui a fait en Europe autant de victimes que la guerre se répand à Madagascar.  On déplore plus de 85 000 morts dont, environ, 21 000 en Iméra.

Au lendemain de cette guerre, le sang versé par ces soldats venus de toutes les colonies les soude à  la patrie française. « Par le sang versé », sera le titre d’une loi initiée par Philippe de Gaulle et adoptée à l’unanimité par le Parlement en… 1999. Elle confère la nationalité française à « tout étranger ayant servi dans les armées françaises  et  ayant été blessé au cours d’un engagement opérationnel ». Ce n’est que le 1er Janvier… 2007 que les pensions des vétérans coloniaux seront alignées sur celles des soldats français.

La France n’a pas à se glorifier d’un tel attentisme vis-à-vis de ceux envers lesquels elle a contracté une dette de sang et d’honneur.

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Le zébu – omby

Le zébu – omby

Cet animal domestique est arrivé à Madagascar au cours du premier millénaire en provenance d’Inde via l’Afrique. Son aspect est caractérisé par ses imposantes cornes implantées sur son os frontal. L’ensemble se nomme bucrane. Sa bosse dorsale est tout aussi remarquable. C’est une réserve de graisse qui se constitue quand la nourriture est abondante. A la saison sèche, elle se réduit quand l’herbe se fait rare. Cette bosse perd alors de son volume et de sa superbe et elle s’incline sur le côté.

À Madagascar, le zébu est partout !

Le zébu (ou omby), comme le lémurien, est l’emblème de Madagascar. On le retrouve reproduit aussi bien sur les timbres poste, les billets de banque, les tampons en en-tête de documents officiels que sur les logos d’entreprises. Le zébu est à considérer aussi bien du point de vue économique que sociétal et religieux. Pendant des siècles, il a été l’un des piliers de l’économie malgache et le garant de l’ordre social et des us et coutumes spirituels.

Lors des cérémonies

Lors de cérémonie traditionnelles et coutumières comme le retournement des morts, le mariage ou la circoncision, les zébus sont immolés afin de servir de truchement entre les vivants et le monde des morts. Le nombre de zébus sacrifiés et partagés entre les convives montre la notoriété de la famille et son rang social. Ces sacrifices obéissent à un rituel précis. Encore vivant et placé face au nord, le zébu est aspergé d’eau lustrale. Prières et invocations sont adressées à Zanahary, le dieu créateur. La croupe du zébu est frappée du plat du couteau de sacrifice. A proximité, sont disposées des braises sur lesquelles se consument des poils de la queue, de la bosse et museau. La fumée acre qui se dégage de ce feu est destinée à attirer l’attention des ancêtres.

Une fois l’animal égorgé, intervient le partage de la viande selon des règles strictes. Après cuisson, six morceaux qui proviennent de la tête, de la bosse, de la croupe ainsi que le foie sont destinés à Zanahary, aux ancêtres et aux ainés du lignage. Certains abats et autres parties basses sont distribués aux cadets, aux femmes et aux étrangers. Ce rituel du sacrifice exalte la vie. Il permet de communier avec les ancêtres et il souligne la pérennité de la parentèle.

Charrette à zébus

Le savika

 Le savika (ou tolon’omby) vient des verbes «attraper» et «maîtriser». Outre cet aspect rituel, dans la société malgache, le zébu tient une place si prépondérante que son nom a été donné à l’équipe nationale de football. Il participe également à un sport dangereux dénommé savika. Cette sorte de tauromachie sans mise à mort de l’animal est le plus impressionnant des jeux traditionnels malgaches. Il consiste à s’agripper le plus longtemps possible à la bosse d’un zébu préalablement excité et à utiliser ses jambes comme ressort afin d’éviter de se faire piétiner par la bête.

Où trouve-t-on les zébus ?

On estime qu’il y a autant de zébus que de malgaches. L’élevage de ces bovidés est concentré dans les parties sud de l’île. En 1769, lors de la tentative de colonisation française de fort Dauphin était introduite la culture du figuier de barbarie qui est originaire du Mexique. Une fois que les épines de ces fruits sont ôtées, il permet de nourrir et d’hydrater les zébus. C’est ce qui a entrainé la sédentarisation des pasteurs dans cette région. L’élevage du zébu se retrouvé également dans l’ouest, dans les régions de Bongolava et du Ménabe  ainsi que dans le sud-ouest, dans la région Sofia. Outre pour la viande, les zébus sont également utilisés pour la traction animale, le piétinement des rizières afin de casser les mottes.

Chaque lignage d’éleveurs possède son troupeau qui est placé sous l’autorité de l’ancien de la branche ainée. Les plus jeunes acceptent de moins en moins bien l’autorité d’un ainé sur leurs biens. Ils veulent pouvoir gérer leurs bêtes à l’intérieur du troupeau commun. L’ensemble économique que représente le lignage s’en trouve d’autant diminué car il s’émiette en entités pratiquement autonomes.

zebu

A quoi sert le zébu ?

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Ravitoto

Dans le zébu, pratiquement tout se mange. Sa viande est goutue et peu grasse, à l’exception de la bosse. Elle entre dans la composition de nombreux plats traditionnels. Citons le ravitoto qui est un plat de fête à base de feuilles de manioc pliées et le romazava, sorte de pot au feu aux brèdes. Comme Madagascar produit du foie gras, citons le tournedos de zébu Rossini. Les Malagasy aiment aussi manger des petites brochettes de zébu, les “masikita”. Les cornes sont à la base d’un artisanat ancestral de grande qualité, manches de couteaux, couverts, peignes et autres bijoux fantaisie.

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Les daholos

Jadis, en pays Bara, afin de déclarer sa flamme et de prouver son courage, le prétendant devait offrir un zébu qu’il avait volé. Ce vol traditionnel a pris une immense ampleur à laquelle se livrent des voleurs, les dahalos. Ce sont de véritables bandes armées qui se livrent à ces méfaits et qui n’hésitent pas à affronter les forces de l’ordre. Sachant que le cout moyen d’un zébu représente un an de revenu d’un paysan, on imagine les conséquences économiques qu’entrainent ces vols ainsi que leur cortège de violences.

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Évangélisation et colonialisme à Madagascar

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Les premiers missionnaires

Ce sont les Portugais qui, les premiers, ont essayé de prendre pied à Madagascar et de propager la foi catholique. Ce fut un échec. C’est à partir du XVIIe siècle que les Européens étendent petit à petit leur présence, non seulement au travers des traitants (nom donné aux trafiquants), mais aussi des missionnaires. Cela ne se déroule pas sans drames, comme celui de la tentative d’implantation des Français à Fort Dauphin dont les colons furent massacrés à Noël 1672.

Angleterre

Au début du XIXe siècle, les guerres du 1° Empire avec l’Angleterre prennent fin avec la signature du traité de Paris en 1814. La rivalité franco-britannique va pouvoir s’exercer d’une nouvelle manière, et comme nous allons le voir, entre autre, à Madagascar. Dans la Grande Ile, c’est le roi Radama 1° qui est monté sur le trône en 1810. 7 ans plus tard, ce roi signe un traité avec la Grande-Bretagne : il a décidé d’ouvrir son royaume à la civilisation étrangère. En 1820, il fait appel aux premiers missionnaires protestants britanniques qui appartiennent à la London Missionary Society. Ils s’installent à Tananarive et ouvrent leur première école au sein même du palais. Ces missionnaires transposent la langue malgache en caractères romains ce qui va permettre l’usage de l’imprimerie. Malgré cette collaboration, Radama 1° et son peuple n’adhèrent pas à l’enseignement religieux que ces missionnaires s’efforcent de répandre.

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Sous Ranavalona 1°

Le 21 juillet 1828, Radama 1° décède dans de mystérieuses conditions. Sa veuve lui succède sous le nom de Ranavolona 1°. C’est une femme illettrée, autoritaire, idolâtre, superstitieuse et à la sexualité exigeante. Elle demande aux missionnaires protestants de limiter leur action à l’éducation et de cesser tout prosélytisme. À partir de 1835, les adhésions au christianisme se multiplient. Ranavolana 1° considère que le christianisme est un moyen d’infiltration du royaume au service des ambitions coloniales européennes. De sanglantes réactions se produisent et Madagascar connait ses 1er martyrs. La reine expulse les missionnaires. Après un règne de 33 ans, elle décède le 16 aout 1861. Si en Europe Ranavolana 1° est surnommée la « Caligula femelle », elle incarne aux yeux de son peuple la fierté nationale face aux ambitions étrangères. Son fils lui succède sous le nom de Radama II.

Sous Radama II

Radama IIEn 1855, clandestinement et malgré les risques en courus, un missionnaire français, le père Marc Finaz, s’installe à Tananarive et se lie d’amitié avec celui qui n’est encore que le prince héritier. Déjà avant son sacre, celui-ci promulgue une loi d’amnistie qui permet aux chrétiens de sortir de la clandestinité. Il tourne le dos aux idées de sa mère et ouvre Madagascar aux étrangers. Une compétition évangélique et politique qui va laisser des traces durables débute entre les missionnaires protestants anglais et catholiques français. Le mécontentement s’étend et l’anarchie s’installe dans le pays. La princesse Radobo, épouse de Radama II fait savoir qu’elle se désolidarise de la politique de son royal époux. Le 12 mai 1863, celui-ci meurt étranglé et tout le monde s’accorde pour affirmer qu’il ne peut s’agir que d‘un suicide.

Un mois plus tard, la veuve de Radama II est couronnée sous le nom de Rasoherina. Elle décède sans postérité le 1° avril 1868. Des manœuvres de palais permettent à l’une de ses cousines germaines de monter sur le trône sous le nom de Ranavalona II. Celle-ci a reçu une éducation chrétienne et sait lire et écrire l’anglais et elle est acquise au protestantisme. Le dimanche 29 février 1869, la reine et l’inamovible 1er ministre Rainilaiarivony sont baptisés par un pasteur protestant dans l’enceinte du palais en présence de la famille royale et des dignitaires de la cour. À la suite de ce sacrement, le mariage religieux entre la reine et son 1er ministre est célébré. La Grande-Bretagne continue d’étendre son influence par l’intermédiaire de ses missions évangéliques. Même si la liberté religieuse est rétablie, ces évènements sont considérés comme une injustice par les catholiques.

Les Norvégiens à Antsirabe

Les missionnaires anglais et français ne sont pas les seuls à s’efforcer de convertir les Malgaches. À partir de 1867 la Norvegian Society s’implante à son tour à Madagascar. Séduits par le climat et les vertus de curatives de la source thermale d’Antsirabé, ces missionnaires créent un centre de cure. Quelques années plus tard, l’occupant français en fera le « Vichy malgache »

Les Français

Le 13 juillet 1883, la reine Ranavalona II décède ans laisser d’héritier direct. C’est une nièce de la défunte que le toujours inamovible 1er ministre Rainiliairivony fait couronner sous le nom de Ranavalona III et qu’il s’empresse d’épouser. La situation entre la France et Madagascar continue à se dégrader. Un premier conflit débute en 1883 pour s’achever 2 ans plus tard. Les opérations militaires se sont enlisées et c’est la négociation qui s’impose sur fond d’âpre rivalité franco-britannique. En France, l’influence des missionnaires anglais est vivement critiquée.

Sur place, une guerre par la presse

Sur place, cet affrontement se poursuit par voie de presse. Le journal catholique « Resako » répond aux attaques du journal protestant « Ny Teny Soa ». Ils se qualifient mutuellement d’idolâtres et exhortent les Malgaches à suivre leurs confessions respectives. Pour les catholiques, les protestants sont des agents diplomatiques au service de la Grande-Bretagne. C’est ainsi qu’en 1883, la « Revue des deux mondes » affirme que les missionnaires protestants se sont rendus maîtres du gouvernement et des consciences malgaches.

Madagascar, vers une colonie française

À la suite de la conférence de Berlin en 1885, les puissances européennes se sont réparties leurs zones d’influences respectives en Afrique. Un accord est intervenu entre la France et l’Angleterre. Les Anglais en échange de Zanzibar laissent les mains libres aux Français à Madagascar ; on connait la suite. Le 28 février 1897, la reine Ranavalona est contrainte d’abdiquer. Madagascar devient une colonie française.

Les relations entre les missionnaires et l’administration coloniale sont ambigües. Nombre d’administrateurs coloniaux et autres gouverneurs sont francs-maçons, partisans de la laïcité voir d’un ferme anticléricalisme. En 1905, en pleines péripéties brutales de la séparation de l’église et de l’état, Paul Bert devait déclarer que « l’anticléricalisme n’est pas un article d’exportation ». En effet, le colonisateur a trop besoin de s’appuyer sur les missionnaires sans oublier de les surveiller afin de savoir réprimer, à l’occasion, leur prosélytisme s’il risque de poser des problèmes à l’administration locale. Aux yeux des Malgaches cette attitude allait favoriser l’idée, loin d’être fausse, d’une collusion entre christianisme et colonisation.

Après la 1ère Guerre mondiale, les Papes Benoit XV et Pie XI sont conscients du danger que cette situation peut créer auprès des peuples colonisés. Dans leurs encycliques, il est affirmé que « le royaume de Dieu est au-dessus des nationalismes. . . un clergé doit être tiré de la population locale ». Un jeune clergé autochtone doit prendre la relève des missionnaires européens. A Madagascar, comme dans les autres colonies, ces pasteurs et ces prêtres vont s’éveiller au sentiment national et ils ne seront pas étrangers aux évènements qui vont conduire à l’indépendance de leurs pays respectifs.

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Madagascar et les baobabs

Madagascar et les baobabs

Il ya cent millions d’années, Madagascar s’est séparée de l’Afrique. Cet isolement a permis le développement d’une diversité exceptionnelle de la faune et de la flore.

Endémisme

Ce sont 13 000 espèces de plantes dont 80 à 90°/° sont endémiques qui prospèrent dans la Grande Ile. Cela signifie qu’elles ne sont observables qu’à Madagascar. Parmi ces espèces endémiques, l’une des plus remarquables est celle des baobabs. De par le monde, on compte huit espèces de baobabs dont six n’existent qu’à Madagascar.

L’Allée des Baobabs

L’un des sites le plus photographiés de la Grande Ile est l’Allée des Baobabs (découvrir notre séjour solidaire à l’Allée des Baobabs > ici <) . Une douzaine d’arbres d’une trentaine de mètres de haut, âgés de 800 ans, bordent la route qui conduit à Morondova dans la région du Menabe, dans l’ouest de l’île. Comme nous le verrons plus loin, ils appartiennent à l’espèce Andansonia grandieri. Ce sont les derniers survivants de ces forêts tropicales denses qui ont prospéré à Madagascar.

Allée des Baobabs

Baobabs et climats

Les baobabs ont su s’adapter aux différents climats de l’île. La côte orientale et nord offre un climat chaud et humide. La pluviométrie élevée explique la présence de forêts luxuriantes. Au contraire, le sud-ouest subit un climat aride avec une faible pluviométrie et des précipitations aussi irrégulières que brutales.

Les baobabs présentent un aspect massif et impressionnant. Leurs branches qui ressemblent à des racines donnent l’impression qu’ils ont été plantés à l’envers. Le tronc poli constitue une réserve d’eau qui permet à l’arbre de supporter des conditions climatiques sévères. Les feuilles n’apparaissent que pendant une courte période. Elles tombent pendant la saison sèche afin de limiter la perte en eau. La pollinisation est assurée par des papillons ou des chauves-souris tandis que la dissémination des graines est effectuée par les lémuriens et autres mammifères.

Un peu d’histoire…

Le nom scientifique des espèces de baobabs est précédé du préfixe Andansonia. Ce nom leur a été donné en hommage à Michel Adanson (7 avril 1727 – 3 août 1806). Il est la parfaite illustration de ces naturalistes comme Buffon qui se sont illustrés au Siècle des lumières.

Michel Adanson est remarqué par ses maîtres dès l’âge de 14 ans. Quelques années plus tard, il effectue un séjour de cinq ans au Sénégal. Il se livre à d’innombrables observations et rapporte d’importantes collections botaniques. En 1761, il publie sous forme de mémoire illustré la 1ère étude qui ait été réalisée sur les baobabs. À l’âge de trente ans, en 1757, il est élu à l’Académie des sciences. Malheureusement, Michel Adanson va se fourvoyer dans des tentatives de publications d’encyclopédies à compte d’auteur qui vont le ruiner. Il meurt dans la misère et le plus grand dénuement. Ces quelques lignes auront eu le mérite de rendre justice à ce savant, bien oublié, de nos jours.

Adansonia grandidieri

Andansonia grandieri ou baobab de grandiéri. Ce sont ceux que l’on rencontre dans l’allée du même nom. Il s’agit de la plus grande des espèces et ils peuvent atteindre 30 mètres de haut pour un diamètre de 7 mètres.

Andansonia suarezensis

…ou baobab de Diego Suarez . C’est une espèce de grande taille en voie également de disparition qui se trouve dans le nord de l’île.

Andansonia perrieri

ou baobab de pierri est une espèce menacée dont il existe encore des spécimens dans la région d’Antsirana, dans le nord de Madagascar.

Andansonia madagascariensis

ou baobab de Madagascar. Cette espèce n’est pas endémique à l’île, car il en existe quelques un à Mayotte. L’un des plus beaux spécimens est visible à Majunga. On les trouve dans les forêts sèches ou demi-sèches. Leurs tailles varient de 5 à 20 mètres.

Andansonia rubrostipa

ou baobab fony est une espèce de petites tailles, 4 à 5 mètres de hauteur. Il est typique des forêts sèches, car il est capable de stocker de l’eau dans son tronc.

Andosonia za

…ou baobab za est une espèce également en voie de disparition dont on découvre des spécimens dans le sud, l’ouest et le nord Ouest de l’Île.

Le baobab, sauveur des survivants de Mahalafy…

C’est dans le sud-ouest de Madagascar que se trouvent les zones les plus arides. Dans cette région ont découvre le vaste plateau calcaire Mahafaly. Il est bordé par deux cours d’eau, au nord le fleuve Onilahy et au sud, le fleuve Menarandra. Il n’offre ni eau de surface, ni lac, ni cours d’eau. Lors de la courte saison des pluies, les précipitations sont rares et brutales. La végétation dont les baobabs, s’est adaptée à sept mois de saison sèche et se présente sous forme de bush.

Les habitants de cette région qui ont donné leur nom à ce plateau, les Mahafaly, appartiennent à l’ethnie Antandroy. S’ils sont réputés pour leur art funéraire, ce sont de pauvres agropasteurs qui pratiquent l’élevage des zébus et des chèvres. Leur quête de nouveaux pâturages les contraint à une perpétuelle transhumance.

Dans le courant du XVIIe siècle, les Français ont tenté d’implanter un établissement dans le sud de Madagascar, à fort Dauphin. Cette expérience devait dramatiquement tourner court. Avant d’être contraints d’abandonner les lieux, les Français ont introduit dans la région la culture du figuier de barbarie, originaire du Mexique. Une fois les épines de la figue de barbarie ôtées, elle permet de nourrir et d’hydrater le bétail ce qui allait permettre le développement de l’élevage. À partir de 1920, et pendant une dizaine d’années, à une sécheresse particulièrement importante s’est ajoutée une invasion d’insectes parasites qui s’est principalement attaquée aux figuiers de barbarie. L’absence d’eau et de nourriture a entrainé une famine catastrophique qui a décimé la population Mahafaly et son bétail.

Ce sont leurs qualités d’observation qui vont sauver les survivants. Ils ont remarqué que l’eau qui stagne dans les cavités des troncs des baobabs ne croupie pas et reste longtemps consommable. La solution qui s’imposait et qui perdure était de creuser le tronc de ces baobabs afin de les transformer en citernes qui sont remplies d’eau lors de la saison des pluies. Ce sont plusieurs centaines d’arbres qui sont ainsi utilisées.

Cette pratique est unique au monde. Il n’existe pas d’explication scientifique qui justifie cette capacité que possède ce bois spongieux et de mauvaises qualités qui, au bout d’une attente de six mois après avoir été creusé, se transforme en une efficace citerne.

Malheureusement, ainsi que cela a été dit, les baobabs font partie des espèces en grand danger de disparition. Ce sont des colosses aux pieds d’argile qui sont victimes de la pression des activités humaines sur l’habitat forestier. Le défrichement fait disparaître les pollinisateurs et les disséminateurs ce qui interrompt le cycle de reproduction. La population vieillit et seuls les individus matures survivent. À plus ou moins court terme, on ne pourra que continuer à assister au déclin, déjà bien entamé, de l’espèce.

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Les tirailleurs malgaches et la Première Guerre mondiale

Les tirailleurs malgaches et la Première Guerre mondiale

En cette période de commémoration des grandes batailles de la Première Guerre mondiale, il semble opportun de rappeler le rôle et la conduite des soldats malgaches qui ont combattu en métropole sous le drapeau français.

Colonies françaises et ressources humaines

“La force noire”

En France, nombreux sont ceux qui attendent cette guerre. Elle doit être celle de la revanche qui va permettre le retour de l’Alsace et de la Lorraine annexées par l’Allemagne depuis la défaite de 1870. Cependant, les cercles militaires sont conscients du déséquilibre démographique qui existe entre la France et l’Allemagne, à l’avantage de cette dernière. C’est un officier colonial, le futur général Mangin qui pense avoir trouvé la solution grâce aux ressources humaines des colonies dont les ressortissants pourraient être engagés en métropole. Il exprime cette idée dans un ouvrage intitulé « La force noire ». À partir de cette proposition, le ministère de la guerre estime que 160 000 hommes pourraient être ainsi mobilisés en temps de paix et trois ou quatre fois plus en temps de guerre.

Développer un sentiment d’appartenance

Bien que cette idée soit diversement accueillie, la majorité s’y rallie. C’est ainsi que dans l’édition du 03 septembre 1910 du quotidien « Le matin », le journaliste Adolphe Messimy écrit : « l’Afrique nous a couté des monceaux d’or, des milliers de soldats et des flots de sang. L’or nous ne songeons pas à le réclamer, mais les hommes et le sang, elle doit nous les rendre avec usure » ! Le 07 février 1912, le Journal officiel publie un décret qui met en application ces dispositions. Dans les colonies, il est instauré un service militaire de quatre ans qui permet aux indigènes de souscrire des engagements sur la base du volontariat. L’armée qui se veut le creuset de l’unité nationale va pouvoir puiser dans les colonies afin de permettre aux peuples indigènes de développer un sentiment d’appartenance à la France.

tirailleurs malgaches

Tout au long de la Première Guerre mondiale, ce sont 607 000 combattants originaires d’outre-mer qui sont mobilisés. Si l’état major accorde sa confiance aux qualités guerrières des tirailleurs originaires d’Afrique noire, il n’en va pas de même pour les soldats indochinois et malgaches. Le général Galliéni, l’ancien « proconsul » de Madagascar, ministre de la guerre d’octobre à décembre 1915, met en doute les capacités militaires des Malgaches.

Recrutement de masse

À partir du mois d’août 1916, l’ampleur des pertes sur le front accélère le recrutement des troupes coloniales. À Madagascar, bien souvent, ce recrutement est contraint. Chaque recruteur bénéficie d’une prime de 2 francs par engagé, tandis que ces derniers, bien souvent des paysans endettés, reçoivent une prime de 200 francs. En 1917, c’est une levée de 32 000 hommes qui est réalisée, c’est-à-dire près des 4/5° de l’effectif total qui sera recruté. Tout au long de la guerre, ce sont 41 355 hommes qui sont incorporés et 34 386 envoyés en métropole, sans tenir compte des Malgaches qui sont envoyés en métropole pour aller travailler en usine.

26 bataillons malgaches

Jusqu’à 1918, les troupes malgaches vont constituer 26 bataillons d’étapes dont 3 sont présents sur le front d’Orient. Ils sont chargés de mission de logistiques et de travaux du génie. Le 16 avril 1917 est créée une unité combattante, le 12e bataillon de tirailleurs malgaches. Il est placé sous les ordres du chef de bataillon Groine. Le 5 mai suivant, il est engagé au combat pour la première fois. Cette unité s’illustre à plusieurs reprises et fait preuve d’une brillante conduite au feu avant d’être rattachée en 1918 à la division marocaine. Au début de cette même année, un ancien gouverneur de Madagascar, Hubert Garbit devient colonel-inspecteur des formations malgaches. À son initiative, 16 bataillons d’étapes sont dissous et ce sont 15 000 hommes rendus disponibles qui sont reversés dans des batteries d’artillerie.

Le 27 mai 1918 commence la seconde bataille de la Marne. Le front est enfoncé, les troupes allemandes qui progressent de 45 kilomètres s’emparent de Château- Thierry dans l’Aisne et se retrouvent à 70 kilomètres de Paris. C’est la fin de la guerre des tranchées, le retour à la guerre de mouvement avec ses incertitudes, ses surprises et ses méprises.

Tragique méprise

Le 31 mai, le 59e bataillon de Chasseurs à pied se replie en bon ordre. Au sud de Coincy, à quelques kilomètres de Château-Thierry, ces Chasseurs essuient le feu d’une troupe qui s’est retranchée dans la ferme de Plaisance après avoir été sévèrement accrochée par les Allemands. Tragique méprise puisque les lieux sont occupés par le 12e bataillon de tirailleurs malgaches. Le malentendu dissipé, les deux unités se regroupent malgré le feu d’automitrailleuses ennemies surgies par la route de Château-Thierry. Une partie des effectifs français et Malgaches réussies à se replier tandis que l’autre est contrainte de se retrancher dans la ferme Plaisance alors que le chef de bataillon Groine est tué. Pendant plusieurs heures, au coude à coude, et au prix de lourdes pertes, Malgaches et Français vont résister. Ils ne se rendront qu’après avoir tiré leur dernière cartouche. À près d’un demi-siècle de distance, ils rééditent l’exploit, magnifié par le célèbre tableau d’Alphonse de Neuville « Les dernières cartouches ». Les tirailleurs malgaches sont les dignes héritiers des troupes de marine qui se sont illustrées lors de ce combat à Bazeilles, en 1870.

C’est non sans émotion que l’auteur de ces lignes relate ce fait d’armes. Son grand-père faisait partie des Chasseurs à pied qui réussirent à briser l’encerclement.

Un régiment de chasseurs

Du 29 mai au 03 juin, le bataillon malgache recense 46 tués, 220 disparus, 298 blessés. En ces quelques jours, sur un effectif de 1159 hommes, ce sont 564 tirailleurs qui ont été mis hors de combat, preuve de l’acharnement et de la violence des affrontements de cette seconde bataille de la Marne. À en croire le bulletin de la Section d’information du Grand Quartier Général publié en 1919, ce sont 2 368 soldats malgaches qui sont déclarés morts pour la France. Le mérite de ce bataillon est reconnu. Il est la seule unité malgache dont le drapeau arbore la fourragère aux couleurs du ruban de la Croix de Guerre 1914-1918 assorti de trois palmes. Ultime reconnaissance, l’appellation bataillon est remplacée par celle de Chasseur, attribuée à l’élite de l’infanterie de l’armée française. Comme beaucoup d’autres unités issues de la guerre, le 1° régiment de Chasseurs Malgaches est dissous le 30 octobre 1921.

Un retour au pays difficile

C’est avec lenteur et difficulté que s’effectue le retour des soldats malgaches. Comme les moyens de transport maritime consacrés à cette opération sont insuffisants, ils se retrouvent parqués dans des camps de transit. Les autorités sous-estiment l’impatience de ces soldats d’outre-mer qui ont passé de longs mois loin de chez eux. Cette attente donne lieu à divers incidents. Certains de ces rapatriés sont porteurs du virus de la grippe espagnole. Cette épidémie qui a fait en Europe autant de victimes que la guerre se répand à Madagascar. Autant que l’on puisse l’établir, on déplore plus de 85 000 morts dont, environ, 21 000 en Imérina.

La principale aspiration de ces anciens combattants qu’ils estiment être un dû en raison de leurs sacrifices, est l’accès à la nationalité française. D’autre part, certains de ces rapatriés ont acquis une nouvelle conscience politique. C’est ainsi qu’un engagé volontaire, l’ancien instituteur Jean Ralaimongo, va devenir l’un des premiers animateurs du mouvement d’émancipation malgache. En 1920, il devient président fondateur de la « Ligue française pour l’accession des indigènes de Madagascar aux droits des citoyens français. »

Les Malgaches présentent à la France une créance de sang et d’honneur. La France ne va pas honorer cette dette. Mais ceci est une autre histoire…

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