Madagascar et la première guerre mondiale

Madagascar et la première guerre mondiale

En ce centenaire de la fin de la première guerre mondiale, il convient de ne pas oublier les sacrifices que les troupes coloniales ont consentis pour la victoire finale.

Dans les années qui précédent le début des hostilités, l’inquiétude règne dans les cercles militaires. Le déséquilibre démographique entre la France et l’Allemagne n’est pas éloigné du simple au double en faveur de cette dernière. C’est un officier colonial, le futur général Charles Mangin qui pense trouver la solution en faisant appel aux ressources humaines des colonies. Cette proposition trouve un écho favorable dans l’opinion publique. Un journaliste du quotidien « Le Matin », Charles Messimy va jusqu’à écrire : « l’Afrique nous a coûté des monceaux d’or, des milliers de soldats et des flots de sang ; l’or nous ne songeons pas à le réclamer. Mais les hommes et le sang, elle doit nous les rendre avec usure. . . ». Le 7 Février 1912, est instauré un service militaire de quatre ans dans les colonies. Il permet aux indigènes de souscrire des engagements qui se veulent volontaires.

Tout au long de la première guerre mondiale, ce sont 607 000 combattants originaires d’outre mer qui sont engagés sur le front. 41 355 Malgaches sont appelés sous les drapeaux et 34 386 sont envoyés en métropole. A ces soldats s’ajoutent 5 535 travailleurs dont la majorité se retrouve dans les usines d’armement. Pour les allemands, ces soldats sont considérés comme des barbares, die schwarze, la force infâme. C’est ce qui explique la différence de traitement dont les prisonniers de cette Force Noire font l’objet. Les allemands oublient la manière la plus inhumaine avec laquelle ils se sont comportés dans leurs colonies d’Afrique.

Ces soldats d’outre mer participent avec honneur aux combats les plus durs, de la Marne à Dixmude, à Ypres, aux Dardanelles, Verdun et autres. A la fin des hostilités, ce sont 2 368 Malgaches qui sont déclarés morts pour la France. Parmi bien d’autres, citons un fait d’arme qui voit s’illustrer le 52ème Bataillon de Chasseurs malgaches lors de la seconde bataille de la Marne. Le 31 Mai 1918, au coude à coude avec les fantassins du 59ème Bataillon de  Chasseurs à Pieds, à quelques kilomètres de Château Thierry, ces deux unités se retrouvent encerclées par une force considérable. Bien qu’en infériorité numérique et cloué au sol par le feu ennemi, Malgaches et Français, malgré de lourdes pertes réussissent à rompre l’encerclement non sans avoir ralenti l’avancée allemande.

Que l’on pardonne à l’auteur de ces lignes d’avoir choisi cet exemple, mais son grand père a participé à ce combat. Il a fait partie des rescapés du 59ème Bataillon de chasseurs à Pieds.

Tout au long de ce conflit, la métropole impose à Madagascar de participer à l’effort de guerre. En 1913, les exportations en direction de la France s’élevaient 56 millions de Francs or. Elles atteindront 86 millions à la fin de 1917. L’administration coloniale encourage les cultures d’exportation. Aux produits de cueillette, caoutchouc, raphia, s’ajoutent les productions traditionnelles tels le riz et le manioc. L’élevage des bovins se développe, ce qui permet de ravitailler la France en viande frigorifique ou de conserve.

Après l’armistice, les combattants malgaches se retrouvent parqués dans des camps de transit avant d’être rapatriés dans la Grande Ile. Certains d’entre eux sont porteurs du virus de la grippe espagnole. Cette épidémie qui a fait en Europe autant de victimes que la guerre se répand à Madagascar.  On déplore plus de 85 000 morts dont, environ, 21 000 en Iméra.

Au lendemain de cette guerre, le sang versé par ces soldats venus de toutes les colonies les soude à  la patrie française. « Par le sang versé », sera le titre d’une loi initiée par Philippe de Gaulle et adoptée à l’unanimité par le Parlement en… 1999. Elle confère la nationalité française à « tout étranger ayant servi dans les armées françaises  et  ayant été blessé au cours d’un engagement opérationnel ». Ce n’est que le 1er Janvier… 2007 que les pensions des vétérans coloniaux seront alignées sur celles des soldats français.

La France n’a pas à se glorifier d’un tel attentisme vis-à-vis de ceux envers lesquels elle a contracté une dette de sang et d’honneur.

Gérard Naal

Proche de l’association depuis ses débuts, Gérard écrit pour le blog depuis sa mise en ligne. Il y a quelques années, Gérard Naal a réalisé combien l’histoire de Madagascar était méconnue tant des Français que des Malgaches, il a donc regroupé notes et comptes-rendus de nombreuses publications universitaires pour rédiger un livre disponible ici.

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Madagascar, une île très convoitée (des premiers hommes au XIXème siècle)

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Madagascar séduit tant par sa beauté que par ses richesses minières et agricoles. L’île est marquée par des hommes et des femmes qui ont soif de conquêtes et de pouvoir. Découvrons les temps forts de son histoire, des premiers habitants au début de l’occupation par les colons français.

Des origines venues d’ailleurs

L’origine du peuple malagasy demeure un mystère encore non élucidé. Les théories sont nombreuses mais il semblerait que les premiers ancêtres proviendraient de l’Indonésie, d’une part, et de l’Afrique de l’Est d’autre part. Débarqués sur l’île il y a 2000 ans, les indonésiens apportent avec eux la culture du riz irrigué et la pirogue à balancier. Les africains quant à eux, transmettent leur savoir de la culture sur brûlis et importent quelques espèces végétales et animales comme le zébu.

Quelques siècles plus tard, les commerçants arabes approchent l’île et commencent à vendre leurs épices, leurs aromates et quelques plantes médicinales. Ils en profitent également pour convertir les habitants à l’Islam, religion très répandue encore aujourd’hui dans tout le pays.

Des européens à la conquête de la Grande Ile

C’est le capitaine et portugais Diego Diaz qui, après avoir été détourné de sa route vers l’Inde par les vents, est le premier européen à poser pied sur l’île vers 1500. Il est suivi 6 ans plus tard par Fernando Suarez.

Placé sur la route des Indes, Madagascar devient alors un carrefour commercial très prisé par les Occidentaux. Les Portugais, les Français, les Hollandais et les Anglais tentent de conquérir l’île mais sans succès. La résistance des guerriers malagasy, les maladies et les famines rebutent les conquérants. Vers le XVIIème siècle, seuls des pirates réussissent à prendre possession de la côte Est pour y trouver refuge. Ils en profitent pour dépouiller les navires transportant des biens en provenance de l’Inde.

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Un roi, une même île

Au même moment, les Sakalava, les Antemoro, les Betsileo, les Merina… s’affrontent durant de longues batailles et divisent l’île en de nombreux royaumes. Il a fallu la force d’un roi, Andrianampoinimerina, pour unifier le pays et rendre l’île plus prospère. C’est avec l’aide des Anglais que le roi développe les marchés, multiplie les alliances, crée un impôt, une justice. A sa mort en 1810, son fils Radama 1er prend la relève et poursuit le travail de son père. Il développe l’alphabétisation des habitants pendant que les anglais répandent le christianisme. C’est sous son règne que l’île connait une révolution industrielle aux retombées économiques plutôt prometteuses.

Une politique tumultueuse

A sa mort en 1828, les rois et reines se succèdent. Sa veuve terrorise tout le pays et défait tout ce qui avait été créé par son époux. Elle expulse tous les étrangers, rétablit l’ordre traditionnel, persécute les Chrétiens. Son fils Radama II, lui succédant, mène une politique plus douce et plus humaine. Malheureusement, il est exécuté 2 ans après son accès au trône sur ordre des militaires. La politique de Madagascar est reprise d’une main de fer par le Premier Ministre de la reine Ranavalona II. Il se consacre assidûment à la modernisation de l’Etat. Il rédige un code civil, crée des administrations territoriales et ministérielles, développe l’enseignement.

Face à cet essor, Madagascar séduit. Ses richesses attisent les grandes nations comme la France et l’Angleterre qui y voient un très fort intérêt politique et économique. La suite de son histoire sera marquée par de nombreux conflits nationaux meurtriers sous la domination coloniale française… avant de connaître l’indépendance.

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Le 26 juin, jour de fête nationale, tous les habitants de Madagascar se réunissent pour commémorer ensemble un événement qui marquera à jamais l’histoire de leur île, le jour où Madagascar fût officiellement indépendante !

Vers une colonisation par la France

Suite au remaniement politique mené le Premier Ministre de la reine Ranavalona II, Madagascar prend son essor. Face à cette croissance, la France et l’Angleterre manifestent de plus en plus d’intérêt à l’égard du pays et tentent d’en profiter. En 1883, une guerre franco-malagasy éclate. 2 ans plus tard, un traité de paix est signé laissant à la France une certaine domination sur Madagascar. Les relations instables laissent naissance à un deuxième conflit qui se solde par un nouvel échec. Les tentatives de rébellion s’enchainent et Madagascar devient officiellement une colonie française en 1896. Les colons jouissent de cette domination pour exploiter les ressources agricoles, minérales et humaines au service de la France.

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Des conflits contestataires à l’insurrection

C’est le général Galliéni qui est à la tête du pays. Afin de faire croitre l’activité économique du pays, il instaure le travail forcé et encourage l’installation des colons européens. En mars 1946, le Mouvement démocratique de la rénovation malgache (MDRM) dépose un projet de loi visant l’indépendance de l’île. Le gouvernement français désapprouve. Dans l’ombre, des rebelles forment des sociétés secrètes et tentent quelques révoltes. Ce qui n’était qu’une simple jacquerie se transforme en une véritable lutte contre le pouvoir colonial. Les insurgés, passés de 2000 à 20000, n’hésitent pas à s’attaquer aux Français et aux travailleurs de l’administration française. Femmes, enfants et hommes sont capturés et massacrés, des actes de barbarie que le MDRM désavoue et fustige.

Une répression meurtrière

En 1947, face au refus des autorités françaises de revoir le traité, la Grande île se soulève et une guerre coloniale éclate. Les troupes françaises forment des bataillons constitués de malagasys et d’expéditionnaires. Elles décident de mener une répression aveugle. Les massacres font rage et décime la population civile. L’une des attaques les plus marquantes fût celle de militaires français dans le village de Moramanga. Ces derniers ont tirés sur 3 wagons dans lesquels étaient enfermés 166 insurgés prisonniers par peur d’une tentative de libération par leurs camarades.

26 juin comme…

Une année a été nécessaire pour mettre fin à cette guérilla et le gouvernement français impose toujours sa domination politique. Ce n’est que 3 ans plus tard, après de nombreuses luttes, que Madagascar obtient son indépendance… un certain 26 juin 1960.

Cette date clé marque la fin d’une ère et le début d’une autre, une histoire chargée d’épisodes plus ou moins glorieux. Depuis plusieurs dirigeants et présidents se sont succédés, laissant une nation tantôt unie, tantôt divisée.

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A la découverte du papier d’Antemoro et du raphia crochet

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Dans la rue qui mène au parc de l’Est à Antsirabé, l’atelier de Fanja invite les promeneurs à découvrir la fabrication du papier d’Antemoro et l’art du raphia crochet, deux savoir-faire qui font la renommée de la grande île rouge.

LE PAPIER D’ANTEMORO, UN SAVOIR-FAIRE VENU D’ARABIE

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Reconnaissable à sa qualité et à son originalité, ce papier tire son origine de celle du papyrus. Découvrons son histoire et les étapes de sa fabrication.

Artisans - papier antemoro-1

Selon un manuscrit arabico-malgache datant du XVIème siècle et conservé à la Bibliothèque nationale de Paris, l’histoire raconte qu’un boutre venu d’Arabie, fit naufrage sur les côtes Est de Madagascar. Les marins musulmans voulurent conserver les versets de leur manuscrit sacré. Détenant les secrets de fabrication du papyrus, ils partirent à la recherche d’une plante similaire et découvrirent l’Avoha, arbuste de la famille des mûriers. De cette plante, ils en tirèrent une pâte permettant la fabrication d’un papier cartonneux mais solide. Ils en profitèrent pour convertir les Antemoros, peuple de la région, et les obligèrent à retranscrire les lignes du Coran sur ce nouveau type de support. Des siècles plus tard en 1936, M. Pierre Matthieu, un planteur de café français, réussit à déceler les secrets de fabrication de ce papier et étendit sa production à plus grande échelle. Il s’installa à Ambalavao pour améliorer le principe de fabrication et donner au papier d’Antemore une seconde vie.

Dans l’atelier de Fanja, Gilbert décore de pétales de fleurs fraîches des rectangles de pâte de papier. Il tire ce savoir-faire de son père et de son grand-père qui lui ont transmis. Il est aujourd’hui le créateur de tous les produits vendus dans la boutique.

Pour produire ce papier de qualité, les écorces d’Avoha sont plongées dans une eau bouillante mélangée à de la soude caustique pendant 5 heures. Après cuisson, Gilbert obtient une bouillie qui sera ensuite lavée, rincée et écrasée au pilon. Divisée en boule, la pâte est diluée dans de l’eau et versée dans un tamis lui-même plongé dans une cuve pleine d’eau. L’artiste répartit à la main la pâte uniformément sur toute la surface. Puis il laisse écouler l’eau du bac dans le but d’obtenir une fine couche de papier régulière au fond du tamis. L’étape suivante consiste à déposer délicatement quelques fleurs sur la pâte encore humide.  Pour finir, il recouvre le décor floral d’une fine couche de pâte diluée avant de laisser l’ensemble sécher au soleil. Les feuilles ainsi obtenues serviront dans la composition de cartes postales, d’albums, de livres d’or, de papiers à lettre, de pochettes et plus encore.

LE RAPHIA, UN FIL PAS COMME LES AUTRES

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Dans la même cour se trouve aussi la fabrique d’objets en raphia. Ce fil tire son nom du palmier Raphia ruffia ou Raphia taedigera, plante largement répandue en bordure des forêts tropicales d’Afrique occidentale et centrale ainsi qu’à Madagascar. Le fil est obtenu en prélevant le dessous très tendre des feuilles avant qu’elles n’atteignent leur taille définitive. Les fibres translucides sont ensuite nouées et séchées au soleil. La dernière étape consiste à les fendre dans le sens de la longueur afin d’obtenir un filament soyeux.

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Les trois tricoteuses de l’atelier, Elia, Dina et Fanja, munies de leurs crochets, manient les fils de raphia avec dextérité. Elles les enroulent, les nouent… les mailles se succèdent et l’objet prend forme. Encore quelques derniers coups de ciseaux et un nouveau chapeau prend place dans la boutique. Trois jours ont été nécessaires pour le réaliser. Elles confectionnent également des sacs et des paniers et peuvent même faire du sur-mesure selon les désirs de leurs clients.

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Évangélisation et colonialisme à Madagascar

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Les premiers missionnaires

Ce sont les Portugais qui, les premiers, ont essayé de prendre pied à Madagascar et de propager la foi catholique. Ce fut un échec. C’est à partir du XVIIe siècle que les Européens étendent petit à petit leur présence, non seulement au travers des traitants (nom donné aux trafiquants), mais aussi des missionnaires. Cela ne se déroule pas sans drames, comme celui de la tentative d’implantation des Français à Fort Dauphin dont les colons furent massacrés à Noël 1672.

Angleterre

Au début du XIXe siècle, les guerres du 1° Empire avec l’Angleterre prennent fin avec la signature du traité de Paris en 1814. La rivalité franco-britannique va pouvoir s’exercer d’une nouvelle manière, et comme nous allons le voir, entre autre, à Madagascar. Dans la Grande Ile, c’est le roi Radama 1° qui est monté sur le trône en 1810. 7 ans plus tard, ce roi signe un traité avec la Grande-Bretagne : il a décidé d’ouvrir son royaume à la civilisation étrangère. En 1820, il fait appel aux premiers missionnaires protestants britanniques qui appartiennent à la London Missionary Society. Ils s’installent à Tananarive et ouvrent leur première école au sein même du palais. Ces missionnaires transposent la langue malgache en caractères romains ce qui va permettre l’usage de l’imprimerie. Malgré cette collaboration, Radama 1° et son peuple n’adhèrent pas à l’enseignement religieux que ces missionnaires s’efforcent de répandre.

Découvrir :  Le Malagasy

Sous Ranavalona 1°

Le 21 juillet 1828, Radama 1° décède dans de mystérieuses conditions. Sa veuve lui succède sous le nom de Ranavolona 1°. C’est une femme illettrée, autoritaire, idolâtre, superstitieuse et à la sexualité exigeante. Elle demande aux missionnaires protestants de limiter leur action à l’éducation et de cesser tout prosélytisme. À partir de 1835, les adhésions au christianisme se multiplient. Ranavolana 1° considère que le christianisme est un moyen d’infiltration du royaume au service des ambitions coloniales européennes. De sanglantes réactions se produisent et Madagascar connait ses 1er martyrs. La reine expulse les missionnaires. Après un règne de 33 ans, elle décède le 16 aout 1861. Si en Europe Ranavolana 1° est surnommée la « Caligula femelle », elle incarne aux yeux de son peuple la fierté nationale face aux ambitions étrangères. Son fils lui succède sous le nom de Radama II.

Sous Radama II

Radama IIEn 1855, clandestinement et malgré les risques en courus, un missionnaire français, le père Marc Finaz, s’installe à Tananarive et se lie d’amitié avec celui qui n’est encore que le prince héritier. Déjà avant son sacre, celui-ci promulgue une loi d’amnistie qui permet aux chrétiens de sortir de la clandestinité. Il tourne le dos aux idées de sa mère et ouvre Madagascar aux étrangers. Une compétition évangélique et politique qui va laisser des traces durables débute entre les missionnaires protestants anglais et catholiques français. Le mécontentement s’étend et l’anarchie s’installe dans le pays. La princesse Radobo, épouse de Radama II fait savoir qu’elle se désolidarise de la politique de son royal époux. Le 12 mai 1863, celui-ci meurt étranglé et tout le monde s’accorde pour affirmer qu’il ne peut s’agir que d‘un suicide.

Un mois plus tard, la veuve de Radama II est couronnée sous le nom de Rasoherina. Elle décède sans postérité le 1° avril 1868. Des manœuvres de palais permettent à l’une de ses cousines germaines de monter sur le trône sous le nom de Ranavalona II. Celle-ci a reçu une éducation chrétienne et sait lire et écrire l’anglais et elle est acquise au protestantisme. Le dimanche 29 février 1869, la reine et l’inamovible 1er ministre Rainilaiarivony sont baptisés par un pasteur protestant dans l’enceinte du palais en présence de la famille royale et des dignitaires de la cour. À la suite de ce sacrement, le mariage religieux entre la reine et son 1er ministre est célébré. La Grande-Bretagne continue d’étendre son influence par l’intermédiaire de ses missions évangéliques. Même si la liberté religieuse est rétablie, ces évènements sont considérés comme une injustice par les catholiques.

Les Norvégiens à Antsirabe

Les missionnaires anglais et français ne sont pas les seuls à s’efforcer de convertir les Malgaches. À partir de 1867 la Norvegian Society s’implante à son tour à Madagascar. Séduits par le climat et les vertus de curatives de la source thermale d’Antsirabé, ces missionnaires créent un centre de cure. Quelques années plus tard, l’occupant français en fera le « Vichy malgache »

Les Français

Le 13 juillet 1883, la reine Ranavalona II décède ans laisser d’héritier direct. C’est une nièce de la défunte que le toujours inamovible 1er ministre Rainiliairivony fait couronner sous le nom de Ranavalona III et qu’il s’empresse d’épouser. La situation entre la France et Madagascar continue à se dégrader. Un premier conflit débute en 1883 pour s’achever 2 ans plus tard. Les opérations militaires se sont enlisées et c’est la négociation qui s’impose sur fond d’âpre rivalité franco-britannique. En France, l’influence des missionnaires anglais est vivement critiquée.

Sur place, une guerre par la presse

Sur place, cet affrontement se poursuit par voie de presse. Le journal catholique « Resako » répond aux attaques du journal protestant « Ny Teny Soa ». Ils se qualifient mutuellement d’idolâtres et exhortent les Malgaches à suivre leurs confessions respectives. Pour les catholiques, les protestants sont des agents diplomatiques au service de la Grande-Bretagne. C’est ainsi qu’en 1883, la « Revue des deux mondes » affirme que les missionnaires protestants se sont rendus maîtres du gouvernement et des consciences malgaches.

Madagascar, vers une colonie française

À la suite de la conférence de Berlin en 1885, les puissances européennes se sont réparties leurs zones d’influences respectives en Afrique. Un accord est intervenu entre la France et l’Angleterre. Les Anglais en échange de Zanzibar laissent les mains libres aux Français à Madagascar ; on connait la suite. Le 28 février 1897, la reine Ranavalona est contrainte d’abdiquer. Madagascar devient une colonie française.

Les relations entre les missionnaires et l’administration coloniale sont ambigües. Nombre d’administrateurs coloniaux et autres gouverneurs sont francs-maçons, partisans de la laïcité voir d’un ferme anticléricalisme. En 1905, en pleines péripéties brutales de la séparation de l’église et de l’état, Paul Bert devait déclarer que « l’anticléricalisme n’est pas un article d’exportation ». En effet, le colonisateur a trop besoin de s’appuyer sur les missionnaires sans oublier de les surveiller afin de savoir réprimer, à l’occasion, leur prosélytisme s’il risque de poser des problèmes à l’administration locale. Aux yeux des Malgaches cette attitude allait favoriser l’idée, loin d’être fausse, d’une collusion entre christianisme et colonisation.

Après la 1ère Guerre mondiale, les Papes Benoit XV et Pie XI sont conscients du danger que cette situation peut créer auprès des peuples colonisés. Dans leurs encycliques, il est affirmé que « le royaume de Dieu est au-dessus des nationalismes. . . un clergé doit être tiré de la population locale ». Un jeune clergé autochtone doit prendre la relève des missionnaires européens. A Madagascar, comme dans les autres colonies, ces pasteurs et ces prêtres vont s’éveiller au sentiment national et ils ne seront pas étrangers aux évènements qui vont conduire à l’indépendance de leurs pays respectifs.

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Gérard Naal

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Les tirailleurs malgaches et la Première Guerre mondiale

Les tirailleurs malgaches et la Première Guerre mondiale

En cette période de commémoration des grandes batailles de la Première Guerre mondiale, il semble opportun de rappeler le rôle et la conduite des soldats malgaches qui ont combattu en métropole sous le drapeau français.

Colonies françaises et ressources humaines

“La force noire”

En France, nombreux sont ceux qui attendent cette guerre. Elle doit être celle de la revanche qui va permettre le retour de l’Alsace et de la Lorraine annexées par l’Allemagne depuis la défaite de 1870. Cependant, les cercles militaires sont conscients du déséquilibre démographique qui existe entre la France et l’Allemagne, à l’avantage de cette dernière. C’est un officier colonial, le futur général Mangin qui pense avoir trouvé la solution grâce aux ressources humaines des colonies dont les ressortissants pourraient être engagés en métropole. Il exprime cette idée dans un ouvrage intitulé « La force noire ». À partir de cette proposition, le ministère de la guerre estime que 160 000 hommes pourraient être ainsi mobilisés en temps de paix et trois ou quatre fois plus en temps de guerre.

Développer un sentiment d’appartenance

Bien que cette idée soit diversement accueillie, la majorité s’y rallie. C’est ainsi que dans l’édition du 03 septembre 1910 du quotidien « Le matin », le journaliste Adolphe Messimy écrit : « l’Afrique nous a couté des monceaux d’or, des milliers de soldats et des flots de sang. L’or nous ne songeons pas à le réclamer, mais les hommes et le sang, elle doit nous les rendre avec usure » ! Le 07 février 1912, le Journal officiel publie un décret qui met en application ces dispositions. Dans les colonies, il est instauré un service militaire de quatre ans qui permet aux indigènes de souscrire des engagements sur la base du volontariat. L’armée qui se veut le creuset de l’unité nationale va pouvoir puiser dans les colonies afin de permettre aux peuples indigènes de développer un sentiment d’appartenance à la France.

tirailleurs malgaches

Tout au long de la Première Guerre mondiale, ce sont 607 000 combattants originaires d’outre-mer qui sont mobilisés. Si l’état major accorde sa confiance aux qualités guerrières des tirailleurs originaires d’Afrique noire, il n’en va pas de même pour les soldats indochinois et malgaches. Le général Galliéni, l’ancien « proconsul » de Madagascar, ministre de la guerre d’octobre à décembre 1915, met en doute les capacités militaires des Malgaches.

Recrutement de masse

À partir du mois d’août 1916, l’ampleur des pertes sur le front accélère le recrutement des troupes coloniales. À Madagascar, bien souvent, ce recrutement est contraint. Chaque recruteur bénéficie d’une prime de 2 francs par engagé, tandis que ces derniers, bien souvent des paysans endettés, reçoivent une prime de 200 francs. En 1917, c’est une levée de 32 000 hommes qui est réalisée, c’est-à-dire près des 4/5° de l’effectif total qui sera recruté. Tout au long de la guerre, ce sont 41 355 hommes qui sont incorporés et 34 386 envoyés en métropole, sans tenir compte des Malgaches qui sont envoyés en métropole pour aller travailler en usine.

26 bataillons malgaches

Jusqu’à 1918, les troupes malgaches vont constituer 26 bataillons d’étapes dont 3 sont présents sur le front d’Orient. Ils sont chargés de mission de logistiques et de travaux du génie. Le 16 avril 1917 est créée une unité combattante, le 12e bataillon de tirailleurs malgaches. Il est placé sous les ordres du chef de bataillon Groine. Le 5 mai suivant, il est engagé au combat pour la première fois. Cette unité s’illustre à plusieurs reprises et fait preuve d’une brillante conduite au feu avant d’être rattachée en 1918 à la division marocaine. Au début de cette même année, un ancien gouverneur de Madagascar, Hubert Garbit devient colonel-inspecteur des formations malgaches. À son initiative, 16 bataillons d’étapes sont dissous et ce sont 15 000 hommes rendus disponibles qui sont reversés dans des batteries d’artillerie.

Le 27 mai 1918 commence la seconde bataille de la Marne. Le front est enfoncé, les troupes allemandes qui progressent de 45 kilomètres s’emparent de Château- Thierry dans l’Aisne et se retrouvent à 70 kilomètres de Paris. C’est la fin de la guerre des tranchées, le retour à la guerre de mouvement avec ses incertitudes, ses surprises et ses méprises.

Tragique méprise

Le 31 mai, le 59e bataillon de Chasseurs à pied se replie en bon ordre. Au sud de Coincy, à quelques kilomètres de Château-Thierry, ces Chasseurs essuient le feu d’une troupe qui s’est retranchée dans la ferme de Plaisance après avoir été sévèrement accrochée par les Allemands. Tragique méprise puisque les lieux sont occupés par le 12e bataillon de tirailleurs malgaches. Le malentendu dissipé, les deux unités se regroupent malgré le feu d’automitrailleuses ennemies surgies par la route de Château-Thierry. Une partie des effectifs français et Malgaches réussies à se replier tandis que l’autre est contrainte de se retrancher dans la ferme Plaisance alors que le chef de bataillon Groine est tué. Pendant plusieurs heures, au coude à coude, et au prix de lourdes pertes, Malgaches et Français vont résister. Ils ne se rendront qu’après avoir tiré leur dernière cartouche. À près d’un demi-siècle de distance, ils rééditent l’exploit, magnifié par le célèbre tableau d’Alphonse de Neuville « Les dernières cartouches ». Les tirailleurs malgaches sont les dignes héritiers des troupes de marine qui se sont illustrées lors de ce combat à Bazeilles, en 1870.

C’est non sans émotion que l’auteur de ces lignes relate ce fait d’armes. Son grand-père faisait partie des Chasseurs à pied qui réussirent à briser l’encerclement.

Un régiment de chasseurs

Du 29 mai au 03 juin, le bataillon malgache recense 46 tués, 220 disparus, 298 blessés. En ces quelques jours, sur un effectif de 1159 hommes, ce sont 564 tirailleurs qui ont été mis hors de combat, preuve de l’acharnement et de la violence des affrontements de cette seconde bataille de la Marne. À en croire le bulletin de la Section d’information du Grand Quartier Général publié en 1919, ce sont 2 368 soldats malgaches qui sont déclarés morts pour la France. Le mérite de ce bataillon est reconnu. Il est la seule unité malgache dont le drapeau arbore la fourragère aux couleurs du ruban de la Croix de Guerre 1914-1918 assorti de trois palmes. Ultime reconnaissance, l’appellation bataillon est remplacée par celle de Chasseur, attribuée à l’élite de l’infanterie de l’armée française. Comme beaucoup d’autres unités issues de la guerre, le 1° régiment de Chasseurs Malgaches est dissous le 30 octobre 1921.

Un retour au pays difficile

C’est avec lenteur et difficulté que s’effectue le retour des soldats malgaches. Comme les moyens de transport maritime consacrés à cette opération sont insuffisants, ils se retrouvent parqués dans des camps de transit. Les autorités sous-estiment l’impatience de ces soldats d’outre-mer qui ont passé de longs mois loin de chez eux. Cette attente donne lieu à divers incidents. Certains de ces rapatriés sont porteurs du virus de la grippe espagnole. Cette épidémie qui a fait en Europe autant de victimes que la guerre se répand à Madagascar. Autant que l’on puisse l’établir, on déplore plus de 85 000 morts dont, environ, 21 000 en Imérina.

La principale aspiration de ces anciens combattants qu’ils estiment être un dû en raison de leurs sacrifices, est l’accès à la nationalité française. D’autre part, certains de ces rapatriés ont acquis une nouvelle conscience politique. C’est ainsi qu’un engagé volontaire, l’ancien instituteur Jean Ralaimongo, va devenir l’un des premiers animateurs du mouvement d’émancipation malgache. En 1920, il devient président fondateur de la « Ligue française pour l’accession des indigènes de Madagascar aux droits des citoyens français. »

Les Malgaches présentent à la France une créance de sang et d’honneur. La France ne va pas honorer cette dette. Mais ceci est une autre histoire…

Gérard Naal

Proche de l’association depuis ses débuts, Gérard écrit pour le blog depuis sa mise en ligne. Il y a quelques années, Gérard Naal a réalisé combien l’histoire de Madagascar était méconnue tant des Français que des Malgaches, il a donc regroupé notes et comptes-rendus de nombreuses publications universitaires pour rédiger un livre disponible ici.

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Le Malagasy

Le Malagasy

Le Malagasy ou Malgache est la langue nationale de Madagascar. Si aujourd’hui elle est normalisée, son épopée dont nous allons rapporter les grandes lignes mêle histoire et incertitudes.

Origine

L’expédition de Magellan a réalisé le premier tour du monde de 1519 à 1522. Son déroulement nous est parfaitement connu grâce à la chronique écrite par l’un de ses participants, Antonio Pigafetta. Il est le premier à avoir remarqué les similitudes qui existent entre les langues malaises et malgache. On sait maintenant que cette dernière a pour origine la plus occidentale des langues malayo-polynésiennes. Elle est parlée dans une aire géographique qui s’étend des Philippines à Madagascar. Elle appartient à la plus grande branche des langues parlées de l’ouest de l’océan Indien à l’est de l’océan Pacifique en passant par l’Asie du Sud-est.

Les dialectes

C’est au début de notre ère, voire avant, que les peuples qui parlent ces langues, les Austronésiens, ont abordé Madagascar par la côte est. Les uns, les Vazimba se sont enfoncés à l’intérieur des terres tandis que les autres, les Vezo s’installaient sur les côtes. Une vingtaine de dialectes se sont développés. Au cours du temps, ils ont conservé 90% de vocabulaire d’origine austronésienne qui s’est enrichi d’apports bantous pour parler de l’élevage, d’arabo-swahili pour ce qui concerne le commerce, le calendrier et la divination. Des apports sanskrits ont également été constatés.

Si ce vocabulaire permet une évocation précise de concepts abstraits comme des images ou de la poésie, il est restreint pour tout ce qui concerne les sciences ou les techniques. Ces lacunes seront comblées au XIXe siècle en faisant des emprunts à l’anglais et au français.

Apparition des règles de l’orthographe

En attendant, en 1810 Radama 1er succède à son père, le roi Andrianampoinimerina, « prince désigné de l’Imerina ». Radama 1erpoursuit par les armes l’extension du royaume de l’Imerina et il installe sa capitale à Tananarive. Le 23 octobre 1817 est signé avec la Grande-Bretagne un traité qui ouvre Madagascar à l’influence européenne. En 1820, des missionnaires protestants de la London Missionary Society ouvrent leur première école dans l’enceinte même du Palais de Radama 1er. Le 26 février 1823 est publié un décret qui fixe les règles de l’orthographe de la langue mérina. Jusqu’à cette date l’écriture utilisait un alphabet d’origine arabe, le sorabe, impraticable pour l’imprimerie. Il est remplacé par les caractères latins.

La langue officielle

Radama 1er décède en 1828. Sa veuve lui succède sous le nom de Ranavalona 1ère. En 1835, à la demande de la reine, soucieuse du développement de la langue, les missionnaires protestants publient une traduction de la Bible en langue Mérina. Celle-ci s’impose et devient la langue officielle du royaume de Madagascar.

Sous la colonisation

À partir de 1899, le nom Malagasy est francisé en Malgache. Le colonisateur impose sa langue pour l’instruction et l’administration. Le Malgache devient langue vernaculaire, cantonnée à la sphère privée. Pour gravir les échelons de la société ou plus simplement faire carrière, la connaissance du français est indispensable.

Ce n’est qu’à l’indépendance que le Malagasy retrouve son statut de langue officielle.

Découvrir :  Le 26 juin, date du souvenir (du XIXème siècle à 1960)

La constitution de 2010 précise que le Malgache est langue nationale officielle, tout comme le français qui est parlé par près de 20% des Malgaches, langue que l’on retrouve dans l’enseignement secondaire.

Au travers du temps et de l’espace, un rapprochement s’impose. Le 10 août 1539, à l’initiative du roi François 1° était publiée l’ordonnance de Villers-Cotterêts qui instituait la primauté de la langue française dans les documents officiels. C’est ce que Radama 1er impose à Madagascar pour le Malagasy avec le décret du 26 février 1823. L’ordonnance de François 1er est le plus ancien texte législatif dont certaines dispositions sont encore en application en France. Souhaitons la même longévité au décret de Radama 1er.

Gérard Naal

Proche de l’association depuis ses débuts, Gérard écrit pour le blog depuis sa mise en ligne. Il y a quelques années, Gérard Naal a réalisé combien l’histoire de Madagascar était méconnue tant des Français que des Malgaches, il a donc regroupé notes et comptes-rendus de nombreuses publications universitaires pour rédiger un livre disponible ici.

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Boutres et goélettes à Madagascar

Boutres et goélettes à Madagascar

Retour sur l’histoire des boutres et des goélettes à Madagascar.

Un peu de littérature

Au début du XXe siècle, un jeune aventurier du nom d’Henri de Monfreid marche sur les traces du poète Arthur Rimbaud. La littérature ne l’intéresse pas encore, pas plus que la vie des comptoirs coloniaux où il étouffe. En 1913, il s’installe à Djibouti et il y achète un boutre. Avec un équipage dévoué, toutes voiles dehors, narguant les autorités, il se lance avec plus ou moins de succès dans le trafic des perles, des armes, du hachich et de la morphine sans oublier le khat. Les feuilles de cette plante qui sont destinées à être mâchées contiennent un stimulant et un euphorisant dont les effets sont analogues à ceux de l’amphétamine. Pendant près de quarante ans, il hante les rivages de la mer Rouge et de la corne de l’Afrique. Sur les conseils de Joseph Kessel, en 1931, il publie le premier récit de ses aventures sous le titre “les secrets de la mer Rouge”. Les écrits d’Henri de Monfreid, quelque peu édulcorés, entrent dans la collection de la Bibliothèque Verte où ils rencontrent un vif succès. Ils soulignent la supériorité de l’Européen sur les autochtones et le mépris que mérite une médiocre et mesquine autorité coloniale. Ces récits vont enflammer l’imaginaire de milliers d’adolescents qui vont vivre par procuration d’exaltantes aventures à la barre de ce navire jusque-là inconnu, le boutre.

Ses caractéristiques

Le boutre, botry ou botsy en vezo, a été diffusé par les navigateurs arabes il y a plus de 1000 ans. Le terme de boutre recouvre une variété de navires forts différents les uns des autres. On les retrouve de l’Indonésie à Madagascar en passant par l’Inde, la péninsule arabique, Djibouti, le Kenya et les Comores. Malgré tout, ils possèdent un certain nombre de caractéristiques communes. Ce sont de solides bateaux en bois destinés au transport de marchandises diverses. Les uns présentent une poupe carrée, pour d’autres, elle est pointue, tandis que leur étrave est longue et élancée. Leurs coques sont larges et mesurent le tiers ou quart de la longueur. Selon les dimensions du boutre, ils sont gréés de un ou plusieurs mats inclinés vers l’avant. Ces mats portent chacun une voile trapézoïdale, dite voile arabe qui rappelle la voile latine méditerranéenne.

Moyen de transport économique

Les plus petits boutres ne mesurent que huit mètres de long pour un tonnage de cinquante tonneaux alors que le tonnage des plus grands peut atteindre cinq cents tonneaux. Le tonneau est l’unité de mesure de la capacité intérieure d’un bateau. Il vaut un peu moins de trois mètres cubes. Dépourvu d’instrument, les boutres naviguent à vue, c’est le sens marin et les connaissances empiriques transmises de puis des siècles qui l’emportent. Ils sont rarement équipés d’un moteur, et la simplicité du gréement permet de se contenter d’un équipage réduit. Ces navires sont particulièrement marins à toutes les allures, aussi bien au près qu’au plein vent arrière qu’au grand largue. Grâce à leur faible tirant d’eau, ils peuvent se faufiler et accoster un peu partout afin de livrer les cargaisons les plus diverses. Cela permet de ravitailler les villages de la côte, surtout quand la saison humide rend les routes et les pistes impraticables. Ce sont des moyens de transport particulièrement économiques. Le contrat de cabotage stipule qu’un tiers du prix total de la course revient au propriétaire qui fournit le bateau. À charge pour lui d’assumer toutes les dépenses, d’où l’intérêt d’un équipage réduit.

De Mahajunga…

Le port de Mahajunga régulièrement ensablé ne dispose pas de port en eau profonde et l’on peut admirer le ballet des boutres qui viennent accoster après avoir parcouru le canal du Mozambique. En ces lieux, les boutres ne sont pas les seuls navires traditionnels que l’on peut découvrir. Au début du XX° siècle des charpentiers réunionnais d’origine bretonne se sont installés à Morondava. Avec l’aide financière du général Galliéni, ils ont créé un chantier de construction de goélettes d’inspiration européenne. A contrario des boutres, ces goélettes répondent à un tracé précis et sont équipées d’un gréement aurique. De nos jours, on parlerait d’un transfert de technologie. Chargés de sel, de riz, de sucre ou de bière, ces navires ravitaillent les villages disséminés tout le long de la côte ouest de Tuléar à Nosy Be.

…A Morondava et Toliara

Outre Morondava et Tuléar, les derniers chantiers de construction de ces bâtiments traditionnels se rencontrent également à Belo sur Mer. Si la construction d’une goélette répond à des gabarits précis, il n’en va pas de même pour les boutres. Le maître charpentier, le “fondy”, travaille sans plan dessiné à l’avance en utilisant hache, scie et autre herminette. Tout est dans l’œil et la main, les outils modernes lui sont inconnus. Avant de se lancer dans la construction de l’un ou l’autre de ces navires, il faut réunir les capitaux, la main d’œuvre et les matériaux, ce qui peut se faire en quelques mois… ou quelques années ! Tout dépend des ressources financières du donneur d’ordre. De nos jours, c’est une vingtaine de goélettes qui est construite par an.

Un avenir incertain

Malheureusement, on ne peut qu’être dubitatif quant ‘à l’avenir de ces embarcations traditionnelles qui sont, petit à petit rattrapées par ce que l’on désigne sous l’appellation de “progrès” et dont l’espérance de vie dépasse rarement vingt à vingt-cinq ans. D’autre part, le gouvernement malgache protège de plus en plus les forêts où les constructeurs de boutres et de goélettes se procurent de manière de moins en moins légale le bois nécessaire à leur activité. Un navire d’une centaine de tonneaux nécessite l’abattage d’une cinquantaine d’arbres de quatre ou cinq espèces locales différentes. Dans quelques années, boutres et goélettes seront devenus ce que l’on appelle sur nos côtes des vieux gréements juste bons à promener des touristes.

Depuis les années 1990, de grands bouts motorisés ont fait leur retour aux mains des pirates dans le détroit de Malacca, la côte des Somalis et le golfe d’Aden. Ils jouent le rôle de bateaux mères à de rapides canots motorisés qui s’efforce d’arraisonner les navires de commerce qui passent à leur portée.

Gérard Naal

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Libertalia, utopie de pirates

Libertalia, utopie de pirates

Mythe ou réalité ?

Le Libertalia

 En 1724, un certain capitaine Johnson publie une « histoire générale des plus fameux pirates ». Il affirme avoir récupéré à La Rochelle un manuscrit des mains d’un marin. Ce texte relate l’histoire d’un capitaine Misson qui aurait créé à Madagascar une république des pirates, du nom de « Libertalia » et qui se serait installée au fond de la baie de Diego Suarez. De nombreux exégètes se sont interrogés sur la personne de ce capitaine Johnson dont nul n’a jamais entendu parler. Selon certains, ce serait Daniel Defoe, l’auteur de « Robinson Crusoé » qui se dissimulerait derrière ce pseudonyme.

Madagascar : le nouveau refuge

Comme il a été précédemment relaté, à la fin du XVII° siècle, les pirates sont contraints d’abandonner les Caraïbes. Ils naviguent vers l’Océan Indien parcouru par de nombreux navires aux riches cargaisons en provenance des Indes. Madagascar leur offre de nombreux avantages, refuges faciles à défendre et ravitaillement facile.

carte ancienne madagascarUn voyage vers la liberté

Selon ce que rapporte le capitaine Johnson, au début du XVIII° siècle , un nommé Olivier Misson, issu de la petite noblesse provençale embarque à bord d’un navire qui porte le nom de la “Victoire”. Au cours d’un voyage en direction des Antilles, il se lie d’amitié avec un moine dominicain du nom de Caraccioli aux idées progressistes peu orthodoxes. À l’issue d’un dur combat naval, Misson demeure le dernier officier vivant. Il convainc les survivants de l’équipage de voguer vers la liberté en se faisant pirates. D’abordages en canonnades, la “Victoire” rejoint l’océan indien. Dans toutes leurs actions, Misson et ses compagnons font montre de mansuétude en épargnant les équipages vaincus et en libérant les esclaves découverts et en leur proposant de se joindre à eux.

Découverte de Diego Suarez

Misson, Caraccioli et leurs compagnons font une escale prolongée dans l’île d’Anjouan dans l’archipel des Comores. Ils épousent des autochtones avant de rejoindre la baie de Diégo Suarez. Ils sont conquis par la beauté du site, difficile d’accès, mais facile à défendre. C’est là qu’ils fondent l’établissement qu’ils baptisent “Libertalia”. Ils construisent des habitations, des fortifications, cultivent le maïs et élèvent des bœufs, des cochons et des volailles. La colonie prospère rapidement.

Une communauté hétéroclite

Il est difficile d’estimer le nombre de membres de cette communauté composée de Français, d’Anglais, de Hollandais, de Portugais, d’Anjouanais et d’esclaves libérés. Cette véritable tour de Babel repose sur une organisation politique unitaire et applique les idées attribuées à Misson et surtout à son compagnon, le moine défroqué. Autant que l’on puisse le déterminer, “Libertalia”, colonie libertaire, se présente sous la forme d’une sorte de démocratie représentative qui refuse toute contrainte et nie le principe d’autorité.

Une nuit, vers 1720, alors que Misson est en mer”Libertalia” est pillé et incendié par des indigènes. Caraccioli est tué tandis que Misson abandonne les lieux pour se diriger vers l’Amérique. Il se noie au cours de ce voyage.

Cette épopée frappe les esprits en rappelant de vieux mythes comme ceux de la société idéale ou du paradis perdu… Mais que penser de la réalité de cette aventure ? Elle ne repose que sur une seule et unique relation à l’origine inconnue qui ne fournit aucune date précise. Aucune preuve écrite de l’existence d’Olivier Misson et de Caraccioli n’a pu être avancée ; que cela n’empêche pas de rêver au supposé destin peu ordinaire de ces deux aventuriers.

Un peu plus d’un siècle plus tard, un certain Karl Marx se plonge dans l’étude de l’organisation politique de « Libertalia ». D’autre part, selon une légende, la première édition du « Capital » aurait été financée par un ancien pirate du nom de Jean Lafite qui avait écumé les Caraïbes au début du XIX° siècle.

De l’influence de la piraterie sur le marxisme….

Gérard Naal

Proche de l’association depuis ses débuts, Gérard écrit pour le blog depuis sa mise en ligne. Il y a quelques années, Gérard Naal a réalisé combien l’histoire de Madagascar était méconnue tant des Français que des Malgaches, il a donc regroupé notes et comptes-rendus de nombreuses publications universitaires pour rédiger un livre disponible ici.

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Madagascar et la piraterie

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Un peu d’histoire…

Corsaires et Pirates

Le pirate est un hors la loi que la corde attend en cas de capture. Le corsaire est le capitaine d’un navire qui opère dans le cadre d’un conflit pour le compte de l’un des belligérants. Il est muni d’une lettre de marque qui l’autorise à courir sus aux navires ennemis. Mais bien souvent, la frontière entre corsaires et pirates est facilement franchie. Avant chaque expédition, une chasse-partie est élaborée et soumise à l’approbation de tous les participants. Cette convention adoptée collectivement, est un code de conduite qui prévoit toutes les dispositions de l’expédition, de son objectif, de la discipline, des sanctions, du partage du butin et jusqu’aux indemnités que toucheront les blessés.

Découvrir :  Les tirailleurs malgaches et la Première Guerre mondiale

A la conquête de l’Amérique du Sud

La conquête de l’Amérique du Sud permet aux Espagnols de razzier d’incommensurables richesses et d’exploiter les mines d’or et d’argent de ce continent. Une fois par an, le “flota”, un convoi de galions transporte vers l’Espagne, au travers des Caraïbes et de l’Océan Atlantique les richesses ainsi accumulées. Livrées aux fortunes de mer, elles ne peuvent qu’attirer toutes les convoitises.

Les Français s’installent dans l’île de la Tortue et les Anglais à la Jamaïque et à Saint-Domingue. Les Rackam le rouge, Jean-François Nau dit l’Olonais, Gramont et autre Henry Morgan ne se contentent pas de capturer des vaisseaux, mais ils s’emparent et soumettent à pillage ou rançon les principales villes côtières espagnoles comme Maracaibo. La période faste de la piraterie aux Caraïbes ne dure qu’une quarantaine d’années à partir de 1640. En effet, au début du XVIIIe siècle le contexte politique change. La France et l’Espagne deviennent des alliés et en 1717 une flotte anglaise s’empare de Saint-Domingue.

Il est temps pour les pirates de quitter les Caraïbes et de rejoindre des précurseurs qui ont commencé à écumer le triangle formé par les côtes d’Afrique orientale, d’Arabie et d’Inde et dont la base est une ligne allant de Madagascar à la pointe sud de la péninsule indienne. Ces eaux sont parcourues par des navires arabes, hollandais et de la Compagnie anglaise des Indes orientales. Ils transportent des épices, des tissus couteux, de l’or, de l’argent et des pierres précieuses.

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La découverte de Nosy Be

Ce sont des pirates français qui écument les premiers ces eaux à partir de la fin du XVII° siècle. Vers 1700, un Anglais du nom de John Every découvre Nosy Be et construit au fond de la baie d’Antongil un fortin facile à défendre. Pendant près d’un siècle, cette baie devient un repaire de pirates et une base arrière pour les razzias d’esclaves effectuées aux Comores et en Afrique orientale par les Betsimisaraka. À l’imitation de John Avery, de nombreux pirates possèdent des installations fortifiées sur les rivages de Madagascar. Leur butin est écoulé par l’entremise de commerçants venus d’Amérique du Nord, à l’époque colonie britannique. Ce sont ces mêmes commerçants qui apportent les approvisionnements dont les pirates ont besoin. Au XVII° siècle, New York est l’un des principaux ports et marché d’esclaves d’Amérique du nord. C’est ce qui explique que des esclaves malgaches y soient vendus.

Madagascar pirates

Les pirates à Sainte Marie

La plus célèbre de ces installations de pirates est celle de l’île Sainte-Marie qui se trouve à 5 km de la côte, au nord-est de Madagascar. Cette île qui mesure 49 km de long sur 5 de large présente de nombreuses anses et deux baies remarquables, Antongil et Tintingue. La baie d’Ambodifotatra et son ile aux forbans deviennent le port d’attache d’une vingtaine de bateaux de pirates dont on évalue le nombre à près d’un millier. Des figures légendaires comme celles de William Kidd ou Olivier Le Vasseur s’y réfugièrent entre deux expéditions. En mai 2015, une équipe de plongeurs a remonté d’une épave dont il est possible qu’il s’agisse du navire de William Kidd un lingot d’argent d’un poids de 45 kg. Ce lingot a été offert aux autorités malgaches. Cette découverte relance toutes les légendes au sujet des trésors que ces pirates sont censés avoir dissimulés dans la région.

Sainte Marie - Cimetière de pirates

Le cimetière des pirates

Une fois fortune faite, ou pas, ces hors la loi avaient coupé les ponts avec la civilisation et ils sont nombreux à s’être fait inhumer sur place. Un cimetière des pirates a été aménagé sur le flanc d’une colline qui domine la partie sud de la baie d’Ambodifotatra. On y découvre des pierres tombales noires gravées aux noms des pirates qui y reposent et qui arborent souvent le symbole du crane entouré de deux tibias croisés. Cette rupture avec la civilisation et les us et coutumes des pirates tels qu’ils sont évoqués dans la chasse partie allaient entrainer une expérience peu ordinaire, celle de Libertalia qui sera rapportée dans une autre chronique.

À partir du milieu du XVIII° siècle l’île est pacifiée par la marine royale française. C’en est fini de la piraterie à Madagascar. Il faudra attendre le début du XIX° siècle pour que des français, cette fois-ci des corsaires comme Robert Surcouf, se lancent dans l’océan Indien avec grand succès dans la guerre de course au détriment du commerce britannique.

Gérard Naal

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